29 septembre 2007

Ebullitions - Part 6 - Epilogue temporaire - Par Charles Letellier

Une voix s’éleva dans la pièce que Joseph ne reconnu pas tout de suite. Après quelques instants, il identifia sa voix, cassée et distordue. L’intonation ne laissait effectivement aucune place aux détractions bouffonnes.
« Mais qu’est-ce que tu racontes bordel ?! Tu vois pas que t’es ridicule ? Tu parles de quoi ? Tu veux me faire croire que t’es yogi, ma cocotte ? Tu te fous de ma gueule ? Tu veux que je t’en mette une ? À une autre époque, on t’aurait torturé pour avoir sorti de telles inepties, tu n’aurais eu aucun droit parce qu’aucun mérite ! Tu aurais risqué la torture pour faute de mot ! Tu veux être comédienne ? Sais-tu pourquoi au moins ? – Euh ben oui, j’aime bien jouer… fit une voix apeurée et timide – T’aimes bien jouer !? Ahaa ! Mais ça suffit pas ça ! Petite gonzesse ! T’aimes bien jouer ?! Mais moi aussi j’aime bien jouer ! Tu veux jouer avec moi ? Avec tes tripes, j’vais me faire un joli petit collier ! Tu vas voir ! Semenoff, donne-moi un couteau ! Donne-moi un bout de ton intestin ! Aaaarrrggghhhh ! Vas-y un peu de générosité merde ! Tu m’entends ?! La philosophie indienne ?! Mais malheureusement pour toi, tu n’y connais rien !! Et moi, qui ai lu, qui lis, qui ai même fait des traversées, moi, j’en parle même pas ! Tu comprends ?! Trop subtil pour en parler comme d’un maudit paquet de pâte ! Et toi, tu prétends nous l’apprendre à moi et à mon pote ? T’es rien, tu m’entends ?! T’es tellement pleine de fausses manières, de faux airs, de fausses intelligences, de faux, de faux, de faux ! Toujours la même chose ! Tu es fausse de la tête au pied ! Creuse et incertaine ! Floue ! Tu es floue ! Même tes mensonges ne sont pas véritables ! Et tu veux jouer ? Tu te prétends Yogi ? Tu fais de la lévitation ? Mais tu veux que je te mette un claque, ma pauvre petite ? Allé, rentre chez ta mère immédiatement et arrête de faire mu-muse dans la cour des vrais. Muse de mes deux ! Tu es médiocre, inexorablement médiocre, éperdument médiocre, fondamentalement médiocre et tu veux jouer dans la cour de l’art, tu veux jouer ? Tu veux que je te baise ? Là tout de suite si tu veux ? Si t’oses ? Viens, j’vais te faire répéter, moi ! Tu veux jouer ? Mais qu’est-ce que tu veux jouer ? Ton petit air sirupeux de yogi et de philosophie indienne, ton amour de l’humanité et ta haine du cancer et de la pauvreté, ton bien-être et ton putain de végétarisme morbide ? T’es venu jusqu’ici pour ça ? Pour nous dire ça ? Pour nous montrer ça ? Mais diable !! Hors de ma vue ! Va rejoindre tes petits copains pseudo-artistes et pro-conformables et laisse nous jouer le rôle des Véritables-cruels… Va ! Pointes-nous du doigt tout haut! Et n'oublie pas de ramper tout bas quand tu nous aperçois crever la dalle sur le pavé ! Fais ton boulot de Sainte-Médiocre ! Mais ne prie pas pour moi, hein !, bigote aussi suffisante qu’insuffisante ! En attendant, prouve-moi ton talent en lévitant ton cul jusqu’à la porte et de là, jusqu’à la rue ! »
La bande s’arrêta alors qu’on entendait déjà du verre se cassait et une bousculade.
- Bon. Je te passe les détails. Et là, tu te rassois, te sert un verre – forcément ça assèche de parler autant d’un coup – et tu te mets à rire en continuant de pester contre la pauvre fille qui, du coup, s’est barré illico, croyant bien que sa dernière heure avait sonné. Je crois qu’elle a vraiment cru que tu allais mettre tes menaces à exécution …
Il l’observa pour trouver dans ses yeux l’infirmation morale à sa dernière remarque. Il ne l’a trouva pas et sourit de ses dents aussi blanches que possibles.
- T’es terrible à la fin…
- C’est pour ça qu’il est venu te voir le mec d’à-côté ?
- Bien sûr ! et toi tu te pointes la bouche en cœur aujourd’hui en me disant que tu te rappelles de rien !

31 août 2007

Ebullitions - Part 5 - L'antre de Semenoff - Par Charles Letellier


Arrivant au cinquième, il fut interrompu par une voix grave et coupante : « Ok ! Maintenant, tu retournes chez toi ronronner bien gentiment, va vivre ta petite paix en charentaises et laisse-moi faire ma guerre ! Et surtout, t’oublies pas de caresser le chat, hein, tu m’entends !? T’oublie pas !? Voilà c’est ça, à bientôt… »
Lorsque Joseph mit le pied sur le palier, il tomba nez à nez avec deux globes oculaires qui firent naître en lui un profond sentiment d’angoisse. Il se trouvait nez-à-nez avec un avatar de Klaus Kinski. La perspective ne le réjouissait guère à vrai dire. Il esquissa un geste de recul qui le précipita dans l’escalier. « Wooh… ! » fit-il, s’accrochant à la rambarde qui se courba sous son poids. Il eut juste le temps d’imaginer le contact brutal de sa nuque avec les marches en contrebas et d’apercevoir une silhouette frêle disparaître précipitamment derrière une porte aux multiples serrures. Il eût juste le temps de penser : « Qu’est-ce qu’il cache pour avoir tant de serrures ? » puis sentit qu’on l’agrippait fermement par l’épaule.
- Qu’est-ce que tu fous, putain ?! lui dit Semenoff
- Dobrae outra, vieux frère…
- Ouais, ouais… Aller rentre… Je vais t’expliquer, répondit-il en martyrisant le plancher de ses 99 Kilos.
Joseph pénétra dans l’appartement de l’autre. Celui-ci très sombre avait l’allure d’un antre, du moins l’idée que l’on pouvait s’en faire. Les odeurs y étaient très fortes : celle du foutre prenait les narines pour un con et venait s’y plonger avec une impudence impudique ; celle de la transpiration se mêlait déjà avec l’odeur de ses aisselles et, derrière ces deux dominantes, le souvenir d’un graillon collant avait du mal à se faire oublier. Il régnait une atmosphère dense, écœurante, sourde. Les sens travaillaient à plein régime, s’arcs-boutants sur de vieilles réminiscences de parfums féminins. Quelques bouteilles vides jonchaient le sol, négligées, vidées de l’ivresse qu’elles avaient recélée. Joseph, désœuvré, tapa l’une d’entre elle de son pied.
La lumière du soleil, par un trou pratiqué au milieu du volet fermé, matérialisait des millions de particules poussiéreuses. En passant près de la chambre, Joseph entrevit le lit dépouillé, les draps fixés dans l’immobilité de leur moiteur moisie…
Il dit à Semenoff : « Comment peux-tu vivre dans un cloaque pareil ? » L’autre mit son masque-Kinski, une folie singulière scintillant au fond de ses yeux vitreux de la Vodka qu’il ingurgitait en esthète, avec une foie à toute épreuve. Joseph n’insista pas.
Le silence se fit entendre, perméable. Ils arrivaient dans la pièce principale, celle où tout se passait. Elle rappelait d’ailleurs un théâtre avec ses trois mètres de plafond et ses draperies épaisses et brillantes recouvrant les murs. L’odeur changea, elle aussi. L’atmosphère devint plus saine, plus tamisée. Joseph vit les pipes et les petits plateaux en argent recouvert d’une substance brune et malléable. « Opium » lui dit son instinct. Le velours rouge du divan était parsemé de petites tâches noires, cratères terrestres des innombrables résidus de Haschisch tombés des cônes allumés comme autant de comètes sporadiques. Cela sentait l’Asie, à présent. L’endroit ressemblait aux fumeries déliquescentes des anciennes colonies. Il pensa à Delacroix, à Ingres, à leurs orgies de bazar et oublia la saleté des autres pièces.
- Je ne te connaissais pas cet amour pour les opiacés…
- Tu ne devrais pas être là. Qu’est-ce que tu veux ? Tu viens d’où comme ça ? Assis toi. Vodka ? Whisky ? Eau-de-vie ?
- Non, du vin plutôt, si tu en as.
- Regarde, derrière toi, par terre.
En se tournant, Joseph trouva une bouteille de Gevrey-Chambertin posée près de la cheminée. Excellente année.
- Tu me gâtes, dis-moi…
- Quoi ? Ah, t’en fais pas, j’en ai plusieurs caisses à la cave…
- A qui tu parlais tout à l’heure ?
- Hein ? C’est mon voisin, une espèce d’abruti en peignoir et charentaises. Une couille-molle de la plus belle race ! il ne me supporte plus. D’ailleurs, plus personne ne me supporte encore ici. Remarque ça tombe bien parce que je commence à en avoir ma claque de tous ces parisiens merdeux ! Tellement les uns sur les autres ! Y partouzent malgré eux, t’imagine ! Y m’font penser aux phoques du Pier 39 de San Francisco. Tu connais ? Non, ça m’étonne pas, tu connais rien ! Et je peux te dire que ça puait sec ! Sans parler du bruit ! Nom de Dieu, y font plus de bouquant qu’un mec que t’étripe au couteau et je sais de quoi je parle… »
Semenoff… Un tiers de mensonge, un tiers d’invention, un tiers de souvenir… Le tout appuyé par des mains de cuir, sans scrupules. Mais ses yeux étaient capables d’au moins un tiers de ses contres vérités alors Joseph écoutait, au cas où. Il ne savait jamais vraiment comment le prendre. Tout dépendait de l’humeur de son ami. Et il en savait suffisamment sur le passé de celui-ci pour ne pas prendre tout à fait à la légère ce genre de déclaration.
La bouteille fut vite ouverte, un carafon de liquide translucide et glacé, sorti. Deux verres différents. L’un vaste et retroussé vers le haut accueillit le grand cru de Bourgogne ; l’autre, petit et orné de motif étrange, gela au contact de la vodka. En cristal tous les deux. Joseph, rapidement happé par ses pensées, admira un instant les tranchées encore pleines de copeaux creusées dans le plancher. « Bagarres récentes ? » laissa-t-il échapper tout haut.
- Tu te fous de ma gueule ? lâcha Semenoff, le front plissé, en le regardant bien droit.
- Pardon… ?
- Dis-donc tu veux que j’te rappelle le bordel que t’as foutu ici avant-hier ?
- Ah… Quoi ? J’étais là ? Ici ? Avant-hier ? Peut-être, oui… Je ne sais plus.
Joseph fouilla rapidement son esprit qu’entortillaient les alcools, les mots et le manque de sommeil. « Y a deux jours ?… C’était quand ? » Aucune notion de temps ne persistait en lui. Il se devait de se rappeler le chemin parcouru dans l’antiquité de ses jours, poussé par une force mystérieuse qui le projetait à l’avant de ses émotions. Il était amnésique momentané, ne gardait en mémoire que les beautés et les victoires. Les principes et les consignes de la « bonne vie » n’avaient jamais trouvé un terreau favorable au sein de la furie primitive et primordiale qui était la seule et unique patrie dans laquelle il parvenait à trouver un sens à ce qui semblait ne plus en avoir.
- Ouais, y a deux jours ! Toi, Ava, Moraline et moi. Ici. Tu te rappelles de rien ? Mais tu déconnes ou quoi? Tu veux que je m’énerve ?… On était là, assez gentiment, les gosiers un peu éprouvés c’est clair, mais on parlait en riant, à la limite du delirium franc, berceau de l’ivresse véritable… Moraline à commencer à parler de yoga, elle a commencé à raconter sérieusement que, soi-disant, elle ne dormait que vingt minutes par nuit, qu’elle parvenait même à faire de la lévitation… Elle a continué en parlant de philosophie indienne, commencé à affirmer qu’elle connaissait tout ça par cœur, qu’elle savait… Et toi, tu disais rien, bizarrement. T’enchaînais les verres de la table à ta bouche et tu descendais, descendais, descendais… T’ouvrais les bouteilles avec le sombre regard de celui qui ne demande qu’un prétexte pour frapper ou maudire. Mon vieux, j’en ai connu des picolleurs mais je peux te dire que t’as bu, ce soir-là, comme rarement j’ai vu faire quelqu’un. Et rien ! Aussi statique et inquiétant qu’une statue éclairée à la torche dans une ruelle de Kathmandou, un calme blanc, un calme trop calme pour être rassurant. Bon, moi je m’en fous, j’ai pas beaucoup de respect pour la greluche de toute façon. C’est pas ça. Au contraire, je préfère quand y a un peu d’animation …
Il laissa sa phrase en suspend, attrapa un briquet rouge à mèche sur la table et alluma un cône trop fin pour ses doigts d’ancien zek. Il expira la première bouffée en plissant les yeux puis continua.
- Je sentais bien que je ne pourrai pas te contrôler en cas d’esclandre. J’aurai dû plus me méfier, peut-être… Si t’as fait ça ce soir-là, ça te regarde. Tu devais avoir tes raisons. Mais ce que tu lui as dit… Diable, j’aimerai pas être ton ennemi si un jour, tu pètes un plomb contre moi ! Même si j’ai d’autres armes que tes mots… Infaillible dans la cruauté ! Bravo !
- Mais quoi à la fin ?! s’emporta Joseph. Puisque je te dis que je ne m’en rappelle plus ! De quoi ? J’lui ai dit ce que je pensais, c’est ça ? J’lui ai dit tout le bien que je pensais de ses putains de petites théories et de ses gros mensonges, tellement énormes que les tiens passent pour de saines vérités à côté ? Tant mieux, aucun regret malgré aucun souvenir. Je ne m’embête pas avec la politesse ou le tact, tu le sais bien. Je ne suis pas là pour prendre des pincettes et ce n’est pas toi avec ton voisin qui va me faire la leçon. Si les gens sont capables d’encaisser et de me répondre, je les respecte, s’ils se mettent à trembler en n’assumant rien de ce qu’ils ont dit alors je les assassine jusqu’au bout, je les plonge dans leur merde afin qu’ils sentent bien qu’ils s’y trouvent vraiment. Tu comprends ?
- Ouais, ouais, ouais… T’es vraiment un sale con des fois.
- Tout le plaisir est pour moi.
- La gamine a pas dû s’en remettre depuis. Je t’aurai jamais cru aussi fin… Tu m’as quand même foutu la trouille ! Tiens jette un coup d’œil, l’amnésique…
Il jeta à la tête de Joseph un polo bleu qu’il reconnut comme familier. Il le déplia pour découvrir que celui-ci était déchiré de l’échancrure jusqu’au bas. Arraché en diable…
- Tu t’es levé d’un coup. Furieux avec une folie brune dans le regard, comme si tu ne comprenais plus rien de ce qui se passait. La petite venait d’avouer qu’elle ne savait même pas situer l’Inde sur une carte. T’as versé la tête en arrière, ri en écartant les yeux, attrapé les deux bords de ton col et déchiré ton putain de polo en deux ! Déjà, ça a mis un léger blanc dans la conversation. Et puis t’as enchaîné… Semenoff riait à présent, la malice dans le regard. Tu veux que je te raconte ? Attends, je crois même que j’ai pu enregistrer ta petite tirade…
Semenoff se dirigea vers le meuble où trônait sa chaîne Hi-fi, engagea une cassette dans le lecteur et appuya sur un bouton…
A suivre...

8 août 2007

Ebullitions ou la démesure du réel - Part 4 - Par Charles Letellier

Joseph arrivait maintenant au centre de la ville. Il était lui-même en son épicentre, guettant les syncopes du sismographe de son cœur. Traversant le fleuve, le ciel se dégagea soudainement, laissant percer un rayon de soleil, fantastique trait, immensément léger et puissant. Comme s’il se fut s’agit d’un adoubement, il ferma les yeux, sourit et entama un chant au voyage, à l’air frais du vent et à l’astre de feu qui venait de lui faire signe. « Drive me to Portugal, drive me to Spain… »
Il repensa aux phrases de toute à l’heure qu’il connaissait sans savoir d’où elles venaient. Que disent-elles déjà ? « Peut-être que j’irai en Inde ; peut-être en Russie… » Elles ressemblaient à un défi lancé au ciel, à la Terre et à tous les hommes. Elles disaient : « Moi ! je le ferai ! Sans peur, sans détourner les yeux ! » Malgré le « peut-être » du début, elles étaient empreintes d’une certitude sourde, enfouie, que l’auteur même ne semblait pas connaître – ou qu’il se foutait de connaître… « Peut-être que le Tibet m’ouvrira ses portes… » Joseph imagina alors une vaste pièce, un palais sans portes, des plafonds en coupole avec des lustres gigantesques. Il décida d’y ajouter de grandes fenêtres dessinant, à l’arrière, une ville basse aux toits plats. Il s’interrogea aussitôt : « De quelles régions de mon cerveau cette vision vient-elle ? » Il chercha un moment, en profitant pour rajouter ici un immense tapis à dominante rouge, là un large foyer résolument rougeoyant. Un éclair le frappa soudain bien que le ciel fût totalement serein au-dessus de sa tête…
C’était il y a une semaine. Macha l’avait tiré d’un rêve similaire. Il l’avait alors regardé, hébété par la force des odeurs et des visions qu’il avait eues et, malgré les mains de Macha, félines, qui fouillaient son entrejambe, il s’était précipité à sa table afin d’en esquisser les contours qui déjà s’échappaient à son souvenir.
« … et que je galoperai dans les steppes mongoles en hurlant... » Un sourire se dessina par réflexe sur ses lèvres. Il voyait très bien les paysages que ces lignes décrivaient. Vaste contrée épinglée de bouleaux, de neige, de tigres, l’odeur moite de la vapeur, le Russian spirit… Lui-même originaire de l’Amour, ses veines drainaient encore les molécules d’oxygènes dont il s’était repu gamin. Coincé entre un océan et un continent, entre une immensité pacifique et de gigantesques regards, il avait dû partir lui aussi, de nuit et sans regret. Il continua « … en hurlant de toutes mes tripes que j’aime à en crever et que je suis en vie. » Il ramena ses sourcils dans l’interstice poilu où commençait son nez, décocha un regard provocateur au soleil et fit : « Ah ! Ah ! » en regardant bien droit dans les yeux un homme à l’apparence banal qui croisait son chemin. Celui-ci eut le réflexe occidental de faire un bond apeuré en arrière, croyant sincèrement que Joseph allait lui sauter à la gorge. Il sourit et rit aussitôt en disant : « Pardon ! N’ayez pas peur, j’vais rien vous faire ! » L’autre s’éloigna en pestant timidement, plus que jamais convaincu de la fragilité mentale de ses congénères. Joseph ria de plus belle, encore plus fort, « Le bon petit soldat… » pensa-t-il un sourire, désormais mauvais aux lèvres.
Il décida sur le champ de payer une visite à Semenoff, le géant Kirghize adepte de la roulette à une balle, qui habitait à la frontière de la Jungle, là-haut. Pour fêter cette décision d’avec lui-même, il poursuivit le chant qu’il avait interrompu plus tôt. « … I know a treasure is waiting for me, Silver and gold and the mountains of Spain… » Il remonta avec une joyeuse fureur le Sébastopol, arriva à République, prit à gauche en direction de la Trinité puis trotta voluptueusement à travers ces ruelles du neuvième, belles et pudiques, encore vierges des désordres libéraux aspergeant, par ailleurs, les trottoirs amidonnés de Paris.
Arrivé en bas de l’immeuble, il fût pris d’un doute et vérifia que sa petite fiole en cuir se trouvait bien dans son sac. Il composa le digicode de la porte, pestant férocement contre la sécurité tatillonne, prudente et totalitaire dans laquelle Paris, et toutes les autres villes démoglobines, s’enfonçait comme dans une bouillasse, puante d’un intenable bonheur souverain et de kermesses à bons sentiments. Il pensa : « L’Intérieur devrait être bientôt rebaptisé Ministère de la Prudence. On supprime tout le danger du vivre, délimitant ainsi en contours de béton et de barbelés les espaces où pourront s’exercer nos désirs, relégués à l’arrière-train du train-train quotidien, virus ultime de notre temps soumis aux huiles essentielles, aux voyages organisés de la pensée et à cette intolérable mascarade de liberté… Statistiques à l’appui de la saine vie – Bio, sans sucre, sans sel, sans alcool, sans fumée, sans fumier ! C’est ça ! Nous voulons passer du stade bestiale où les entrailles saignent à celui minéral où, équipés d’épurateur d’eau et de masque à oxygène, nous vivrons de capsule de protéines, de glucide et de lipides, sans saveur, juste ce qui est « bon » pour nous. C’est-à-dire en faisant du corps, le reflet aseptisé de nos peurs et de notre avarice à vivre nos vices jusqu’au bout ! Le corps apprend par la force, par la violence de la sommation qui lui est faite de se surpasser. C'est son langage. Le danger se situe là, dans le fait avachit de dégouliner grassement dans un fauteuil trop parfaitement confortable. Le vrai danger bien-sûr. Le seul vrai danger réside dans la psyché laminée, dans l'endormissement accablé de la conscience, dans le bien-être croupissant où s'affale les possibilités de soulèvement. L’ensevelissement du corps sous des tonnes de préceptes et de lois physiques ou gouvernementales visant plus à maintenir à l’état larvaire la capacité de dépassement contenue dans chaque homme que de prévenir médicalement d’hypothétiques « morts longues et douloureuses ». Vivre dans tout et pas seulement dans l’excès ! L’excès peut se faire prison aussi bien qu’il permet d’exploser les cloisons… Alors oui, vivre excessivement ! Vivre physiquement, mentalement, spirituellement, sexuellement excessif ! Il ne s’agit pas de refuser quoique se soit ! Tout le contraire, il s’agit d’apporter une réponse démesurée à toutes les questions d’allures mesurées. Contrecarrer la méchanceté, le manque des jours en les abreuvant de pensées, de désirs, de volontés extrêmes. Pensées, désirs, volontés lacrymogènes, sul-furieuses, entières à ce point qu'elles remplissent les secondes d'instant d'éternité ! et souffrir pour connaître la joie… Voilà une démarche dangereuse, précisément… Voilà la véritable aventure, l'ultime révolution… Repousser dans leurs extrémités même, les narco-pensées qui stagnent dans le milieu convenu des orthodoxies subversives. Eventrer les ventres ronds des pensées grasses et molles et flasques. Verser de la poudre brûlante dans l'âtre satisfait, dans le bocal raisonnable où s'agitent, en caracolant, de pâles copies inconscientes. C’est vrai, oui, plusieurs y sont restés fous, à jamais ailleurs, dans leur obsession de vouloir cartographier les cratères et les corniches de l’âme… Et en cela sans doute, ont-ils échoués. Mais sommes-nous bien vivant lorsque nous ne risquons rien ? Boire, marcher, nager, parler, fumer, manger, partir, revenir, sentir, pouvoir, abolir, retenir, punir, souffrir, agir, bondir, sortir, jaillir, rebondir, assaillir, s’enorgueillir, ressentir, découvrir, contenir, laisser grandir… Boire en marchant ; nager, parlant fumer ; manger les « partir » ; revenir sentant pouvoir abolir ; retenir, punir en souffrant, en agissant, bondissant en sorties jaillissantes ; rebondir en assaillant les orgueils ressentis ; découvrir, contenir tous les « laissés-grandir » !… Voilà ! La vie vaut par son intensité, pas par sa longueur, hein M’sieur Magre ! Il faut savoir conjuguer Bon Dieu !
Tyrannie de l'argent, vestiges rénovés, agrandis, parfumés, roses, du pétainisme nostalgique des Français ! Eh oui, le Maréchal a gagné et bien gagné… Le brave homme était trop en avance sur son temps ! En 45, y l’ont pas compris ! C’est aujourd’hui qu’il gagne ! Lettres de cachet avec accusé de réception, pour les gêneurs qui osent se coucher après 22h00. Utilisation des lexiques législatifs grandiloquent par de fallacieux proxénètes de la rhétorique qui jettent sur le trottoir les plus vieilles reliques de leur bordel verbal : « Amour », « Liberté », « Courage »… Tolérance ? Mot tiroir qui en dit long sur l'ambiguïté morbide que notre époque lui donne. Tolérance envers ce monde-ci? Tolérance envers ça? La tolérance m'est devenue étrangère depuis que le regard des autres s'imprègne de mépris à la vision de ma fantastique rage de conquérir, qui est mon état normal. Ressentiment terrible capable de venir à bout de bien des volontés. Devrai-je m’exiler, baisser la tête et admonester mes instincts pour tant d'impudeur? Les accuser publiquement d'hérésie à la Raison et à la norme-alitée? « Haro sur le Baudet ! » Voilà ! Magnifique ! Que les médiocres se rassurent quand à leur propre insuffisance et qu'ils continuent à jeter leur gravier inodore dans le dos de ceux qui "sortent du rang" et qui les indisposent précisément parce que c’est leur reflet brisé d’enfant mort à la guerre du bien-être qu'ils lapident petitement, incapable même dans la haine d'une quelconque grandeur…
Voilà où mène ces illogismes à la vie et à la tolérance… Moi qui me sait être unique, qui en ait conscience, je suis attaqué, injurié en permanence par cette race humaine, par ces millions de fidèles, de « membres », de redevables (Ah !) qui se frappent le poitrail, d’un même geste, en psalmodiant la même ritournelle mensongère, le même hymne grégaire à l'amour de l'aliénation, en costard, casquette, kippa, turban ou toge, aucune différence ! Devrai-je attaquer l’humanité entière, comme elle m’accuse tous les jours de vouloir être plus que cette moyenne funeste ?! »


A suivre...

29 juillet 2007

Ebulltions ou la démesure du réel - Part 3 - Par Charles Letellier

« […] Peut-être que j’irai en Inde ; peut-être en Russie. Peut-être que le Tibet m’ouvrira ses portes et que je galoperai dans les steppes mongoles en hurlant de toutes mes tripes que j’aime à en crever et que je suis en vie. »

Où avait-il lu ces lignes ? Plus moyen de remettre la pensée dessus… Pourtant, c’était bien quelque chose de familier. Il l’avait déjà entendu. Il se rappelait d’une drôle de voix, féroce, au timbre scabreux, à l’accent troublé d’une singulière violence. Où ? Plus il cherchait un lieu moins son instinct lui assurait que c’en était un effectivement. Il en fut surpris, légèrement dérouté. Etonnant, sa mémoire ne le trahissait guère d’habitude. Il pouvait retenir des phrases entières, sans se forcer. Et pas que les phrases d'ailleurs : l’odeur de l’endroit où il se trouvait, les vêtements de la personne, le ton, la couleur, le toucher… Mais la nuit dernière avait été trop ténébreuse, trop lubrifiée, trop parfaite de décomposition. Il essayait de revenir pour se convaincre que peut-être il l’avait rêvé, cette nuit... Pas évident de mettre de l’ordre là-dedans… Déjà tellement de têtes et de regards… « Merde ! pensa-t-il » Il pénétra dans un bistrot en laissant là ces images. Trop infréquentables en vérité. C’était comme de débarquer à nu dans un grand cirque avec les yeux de la terre entière braqués sur son braquemart grandissant dû à l’excitation de se trouver là, comme ça, exposé au vent et à la poussière… On ne peut pas revenir comme ça dans un chaos. Fallait d’l’aide… Il ordonna un Picon bien noir sans sucre. Puis se mit à l'œuvre. Cigarette. Légère grimace. Il décoche un carnet rouge. Stylo doré. Stylet de pointe affable et un peu rouillé. Transpiration de la main. Lenteur enrageante de celle-ci. Inquiétudes. Démesure. Retour. Réflexion. Attributs à relever. Grattage diagonal. Pose. Rire. Froncement de sourcil. Pose. Longue tirade silencieuse. Deuxième Picon. Rien à dire de plus. Tiens, pas si sûr. Retour. Début encore. Poursuivre la route des éclats de vers. Rire mesquin et souterrain. Agacement pour cet autre, là, qui vient de rentrer. Ignorance de tout. On repart au degré zéro de la tolérance pour ne plus le quitter. C’est un flot. Non, une muraille, un gouffre, une fournaise, un brasier, un feu intestin venant de la digestion du chaos en lui. Juste ce qu’il faut. Merde. Folie d’essayer ça. Mais bon. Faut y aller. Pas le choix. Cogne du poing sur ce foutu bar. Désosse ce fumier. Prends-toi la gueule par les cheveux. Quoi ? Oui, évidemment un troisième ! Merde. Flottement. Risque de perte. Perte… Perdu… Ah, non, finalement, c’est encore là… Déjà, il transpirait. Ses aisselles étaient trempées. Il sentait une goutte se prélasser lentement dans le bas de son dos. Il s’essuyait les mains sur son pantalon mais ça revenait tout le temps. Rien à faire… Il faisait 2 degrés dehors et il avait chaud. Il avait diablement chaud. Trop chaud. C’était pas tolérable d’avoir chaud à ce point. C’était pas permis… Ça aurait dû être interdit… Il ironisa en pensant que cela serait bientôt le cas… Il relut ses mots. « … j’invoque les râpes. Tout ce qui coupe… » Encore du ventre à l’œuvre. Il fallait que ça cogne. Plus. Encore. Pas de répit. Tordre. Eponger. Mordre. Bouffer. Sexes diluviens. Fleuve bourru. Exercice en corniche. Mers assass…
De nouveau, il était en selle. Parjurant le mièvre en son intérieur, il agrippa le bar et le secoua. Il se sentait tellurique, roche volcanique projetée à plusieurs centaines de kilomètres-heures dans le ciel mort de l'humanité contemporaine. Il aurait bien provoqué des séismes s'il en avait eu le pouvoir comme dans cette réclame télévisuelle… Aussitôt, il se moqua de la facilité avec laquelle il appelait ce genre de métaphores commerciales. Toutes ces connaissances inutiles que la mémoire dans son indépendance impérieuse ne daignait pas effacer. « Merde ! A quoi tu penses putain ? S’agit pas de déconner là ! Mais bon, ça aussi ça en fait parti. Tout ! Y a rien à jeter, même ce qui pue, surtout ce qui pue, le plus abjecte comme le plus… »
Il secoua la tête. Ça va vite. Très vite. Pas le temps de respirer. Du moment que ça sort, pas de soucis à se faire. Mais il faut que ça sorte. On s’en fait pas sur le moment. C’est juste après que c’est un peu délicat. L'instant qui suit le combat. Un terrain calme d'une intolérable sérénité. Dégagé des points d’appuis familiers. Rien que du calme dur. On affronte, alors, le néant, au risque de s’écrouler parfois, croyant buter contre ce mur qui n’existe plus. On se persuade que l’on a rêvé tout ça. Que ça n’a pas existé. Ça dure un jour, deux, trois… Puis, on recommence, vraiment ivre parfois, jusqu’à extinction partielle de l’incendie… Assez pour qu’on puisse dormir. Et on se dit que, finalement, c’est mieux ainsi, un peu de repos parfois. On voudrait en faire son credo, dire que ça y est, on est apaisé… Et puis, juste à temps, on se rend compte de sa bêtise… Ah oui, c’est elle la vraie foutaise, la vraie connerie… La paix de l’esprit... ? Il ne connaissait pas… Il lui était impossible de connaître. Il ne connaissait que la guerre implacable et constante qu'il se livrait à lui-même. « Observe un peu ce qu’elle produit, la paix ! » se dit-il, reluquant les fesses d’une blafarde de la télé accrochées en couverture d’un magazine, comme un étalage de boucherie. L'amollissement généralisé accélérait la chute finale de l'Effort en vertu de vie. Au détriment du déroutant et de l’infâme faim de l’insatisfait, s'installaient, en chape de plomb, les dogmes de la prudence et de la mesure. Il s’injuria pour agrandir sa colère jusqu'à la frontière de son corps. Il paya et poussa la porte, plongeant dans le froid, qu’il ne sentit même pas, trop occupé qu’il était à s’éventrer les sens.


A suivre...

Ebullitions ou la démesure du réel - Part 2 - Par Charles Letellier

Je choisis un mal pour un bien. Ou l’inverse. C’est la même chose. Je préfère encore ce qui est cruel à ce qui est mièvre. Non pas que le bien soit nécessairement fade et le mal forcément cruel, mais bien souvent, par un rapprochement difficile à admettre, ce qui est cruel est plus proche de la vérité que ce qui est simplement « bien ». Lieu commun à rappeler à la gueule de cette saleté d’époque puante, dans laquelle il nous est forcé de vivre, nous qui les derniers (?) nous acharnons à vivre au dessus de ces petites contingences qui forment, tout autant qu’elles déforment le quotidien… Par delà… Oui, par delà ces bons sentiments mesurables à leur fausseté, définissables par leur repoussante et dégoûtante facilité, de laquelle ils puissent leur source. Ma source est autre. Elle bouillonne trop pour être admise. Elle est trop chaude pour être commune. Je sais vivre déjà trop éloigné de ce qui est admis pour utiliser le langage de la norme-alitée. Il paraît que j’ai des mots durs, qu’ils blessent autour de moi comme des coups de couteau. Certains ne tardent pas à pleurer lorsque j’ai fini de m’exprimer. D’autres veulent ma peau. J’ai même le privilège d’être haïs, haute distinction pour celui qui combat la merdiocrité, encore que rares sont ceux dont la répugnance m’honore. On juge un homme à ses fréquentations et à la qualité de ses ennemis. Je dois dire que si on s’astreignait à ne me juger que d’après mes opposants, je serai un bien piètre baladin.
Ai-je été trop loin, définitivement trop loin ? Lâché comme un fou dans le flux invisible qui enrubanne les choses, suis-je, par mégarde, resté perché sur la branche que j’avais déjà commencé à scier ? Je me suis coupé de bien des choses afin d’en trouver d’autres, plus vraies, plus féroces, plus violentes dans leur véritensité. J’en ai oublié mon travail, ma famille, ma patrie. C’est très regrettable… Délaissant tout pour le vrai travail, celui des montagnes Russes entre bas-fonds puants et sommets étourdissants, j’ai refusé de reconnaître le sens du mensonge pour arracher aux autres leur propre naïveté, pour qu’ils me confient le gamin de leur être plutôt que l’adulte de leur misère. Ici je veux parler de moi, ou plutôt, en finir avec moi une bonne fois pour toutes. Celui-ci, ce moi, devient par trop ingérable et intolérable, il en veut trop et plus chaque jour et je ne sais où cela me mènera si demain il réclame mon cœur et ma tête sur un plateau. Cette vieille histoire de l’écrivain qui n’écrit que sur lui-même n’a plus court, on sait désormais que c’est lui-même qu’il écrit. Lui-même… Du moins, l’écho du monde en lui dont il est le réceptacle unique, si il sait l’être. Cet intenable chantage du corps et de la tête qui jamais ne cesse et dans lequel il n’est rien d’autre à faire que de tenter de nager sans se noyer. Parce qu’à vrai dire, vouloir faire autre chose, c’est déjà se lancer dans la fiction. C’est éviter la confrontation ultime. Et donc passer à côté de la vérité. La fiction ne m’intéresse pas. Du moins, pas pour l’instant, que je suis encore tout disponible à refuser le mensonge. (Qui sait, pour un peu d’argent… ?) Mais voilà que je recommence à suffoquer alors je me défroque comme il se doit, selon les règles, les principes fondateurs: la main droite sur l’Antéchrist et la gauche sur l’estomac. Il est temps de l’essentiel. Plus le temps de rire, l’heure est grave. S’il reste un truc à gratter au-dedans de ce monticule profond qu’est le corps, il ne faut pas hésiter, il faut y plonger, quitte à revenir en deux fois, voir à ne pas revenir du tout. C’est lui qui a le secret, le corps. C’est pas dans les bouquins, le secret. C’est dans la chiasse. Dans la vomissure aux commissures des lèvres. Dans le ragoût fluvial des égouts de miel, ce nid sous le roc, au fond, au bout, tout au bout… Guidé par une vision cramoisie à l’odeur de roussi, je me pose, un peu perplexe, en funambule… Mais je m’égare… On peut en faire de la poésie, tant qu’on veut. Ça va rien changer finalement. On croit que ça peut ventiler les tertres, démolir les flanelles tombales et puis, et puis… Et puis, y a toujours ce moment précis où on s’y trouve, justement, sur le tertre, armé à plein poumon, le cœur dans ses mots et boum ! ça valdingue dans l’autre sens, ça retombe sur les dents sur un bord de trottoir. Et après, il faut bien se relever quand même ! Faut bien y retourner ! Faut de nouveau être furieux ! Faut tout refaire ou presque parce qu’on n’était pas prêt là-haut, pas encore de la bonne humeur… alors y a rien qui est resté… Retour à la case départ. Pas le choix. C’est un jeu. Un jeu de tortionnaire, peut-être le plus terrible et le plus silencieux de la Terre puisqu’aussi bien, il n’y a que les cellules qui trinquent… Bon, c’est vrai, y en a qui surmonte… Et les mots, après, pour raconter, pour dire, pour incarner, ces mots ne sont plus les mêmes, ils ont un regard malin qui vous observe presque sournoisement, c’est plus la même histoire, plus le même chevrotement dans le style. En fait, y a même plus de chevrotement. Ça sait directement, sans preuve et sans hésiter, cela devient corporellement spirituel ou spirituellement physique. Les deux bouts se rejoignent. Nul ne sait la qualité du cataclysme à venir. Mais voilà, moi, qui me sacrifie purement et totalement, j’ai pas encore « gagné » mon aller-retour, avec ou sans retour, corps-esprit. Pour l’instant, j’en sais foutrement rien. Pour l’instant, je ne suis qu’un instinct, une intuition physique, une entité râpeuse, un esprit chamboulversant. Peut-être un peu Quichotte et pas encore assez Don. Qu’importe j’y vais à l’aveuglette puisqu’il s’agit bien d’illuminer. Alors, voilà, on est parti, partie, tout, ensemble, démesuré, incalculable, même pas machinale, ni décimale. Suivons le court trajet qui mène imperceptiblement d’ici à là, tout près du fauteuil de la chambre, de la vieille dame dans le métro, assis sur un banc, avec ces maudits pigeons, entre une morve verdâtre et un chêne centenaire. Tout près et partout à la fois. C’est une boucle qui tend à s’ouvrir. On se dit que la rodomontade est un bien piètre artifice, que je ne manque pas d’air, que je ne suis qu’un petit con, un enfant gâté, un petit minable, tient, mettons ! Enfin, rien de bien précis, rien qui puisse déjouer ma passion de savoir de l’intérieur. Qu’on se le dise : j’m’en fous pas mal et surtout des pisses-secs au vit rabougrit et au con sec comme cette putain de vallée de la mort ! Car pour ce qui est de donner, rassurez-vous, j’ai besoin des conseils de personne et surtout pas des plus rats parmi vous, les plus promptes, le plus avides de montrer leur grand cœur au passant, les « amis » qui ne supportent pas votre soif et qui tentent de vous assécher… Je n’ai plus d’amis ! Je n’en veux plus ! Vous m’entendez ? JE N’EN VEUX PLUS ! J’suis passé pas loin, des fois, d’en crever, à force d’aimer. Alors, j’me la raconte plus, l’histoire, assez ! J’me la fait ! Tout entière ! Un peu trop, pas assez… C’est à voir… Et puis, tant pis ! Si ça ne marche pas cette fois-ci, on verra bien pour celle d’après… En tout cas, c’est ici que ça redémarre. Pour de bon.


A suivre...